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Corymbe de fleurs blanches d'achillée millefeuille en gros plan, prairie verte en arrière-plan

Cueillette sauvage

Achillée millefeuille : bienfaits, propriétés et usages

Dernière mise à jour le 5 août 2026

Il y a des plantes qu’on piétine tous les jours sans jamais lever les yeux sur elles… l’achillée millefeuille, l’une de mes plantes sauvages préférées, est de celles-là ! Dans les prairies, sur les talus, au bord des chemins de campagne et même dans certains parcs parisiens, elle s’étale tranquillement en larges corymbes blanches, et les insectes en profitent largement pendant qu’on l’ignore ! Et pourtant, l’achillée millefeuille fait partie des plantes médicinales les mieux documentées d’Europe, et son usage est très ancien. Des fouilles archéologiques ont retrouvé sa trace dans une tombe vieille de plus de 60 000 ans. Achille en personne, selon la légende, s’en serait servi pour soigner ses soldats sur les champs de bataille. Aujourd’hui, l’Agence européenne des médicaments reconnaît formellement plusieurs de ses usages. Quand même !

Si vous ne la connaissez pas encore, ou si vous souhaitez comprendre comment l’utiliser, cet article est pour vous ! Et si vous l’avez croisée cent fois sans savoir quoi en faire, j’espère vous donner envie de vous pencher un peu plus sur cette petite plante discrète qui cache un trésor de bienfaits !

L’essentiel à retenir sur l’achillée millefeuille

  • Plante sauvage très commune, facilement reconnaissable à ses feuilles finement découpées et son odeur camphrée caractéristique.
  • Reconnue par l’EMA (Agence européenne des médicaments) pour ses usages traditionnels : spasmes menstruels, troubles digestifs légers, inflammations cutanées mineures.
  • À cueillir de juin à septembre, en prélevant les sommités fleuries par temps sec. Elle n’est pas protégée en France, mais cueillez raisonnablement quand même, comme toujours !
  • S’utilise en tisane, en compresse, en macérât huileux et même en cuisine, hachée finement dans les salades. Miam !
  • Contre-indiquée pendant la grossesse et chez les personnes allergiques aux astéracées ou sous anticoagulants.

L’autrice :

Je m’appelle Ondine, je suis diplômée de l’École des plantes de Paris, j’étudie la botanique de terrain à l’Université d’Amiens et l’écologie urbaine à l’École du Breuil. J’anime des balades botaniques à Paris et en Île-de-France autour des plantes sauvages comestibles et médicinales. C’est dans ce cadre que je rencontre régulièrement l’achillée millefeuille, et que j’ai voulu lui consacrer un article complet et sourcé !

Tiges et feuilles finement découpées d'achillée millefeuille (Achillea millefolium) sur fond blanc

Les feuilles bipennatiséquées de l’achillée millefeuille, caractéristiques du genre Achillea.

L’achillée millefeuille, qui est-elle vraiment ?

Comment reconnaître l’achillée millefeuille sur le terrain

Achillea millefolium est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées (Asteraceae). Elle mesure entre 20 et 70 cm selon la richesse du sol, et sa tige est dressée, légèrement velue au toucher, parfois teintée de rougeâtre.

Ce qui la rend immédiatement reconnaissable, ce sont ses feuilles. Alternes, sessiles (sans pétiole), elles sont découpées en une multitude de segments très fins, eux-mêmes subdivisés : c’est de là que vient le nom millefolium, « mille feuilles ». Quand on les froisse entre les doigts, elles dégagent une odeur aromatique assez forte, un peu camphrée, légèrement amère. Si vous sentez cette odeur, c’est un excellent critère d’identification !

Les fleurs sont regroupées en petits capitules blancs (parfois rosés) réunis en corymbes aplatiess au sommet de la tige. Chaque capitule ressemble à une petite marguerite simplifiée, avec des fleurs ligulées blanches en périphérie et des fleurs tubulées jaunâtres au centre. La floraison s’étend de mai à octobre selon l’altitude et le lieu.

Avec quelles plantes peut-on confondre l’achillée millefeuille ?

L’achillée millefeuille est généralement considérée comme une plante facile à identifier, mais quelques confusions restent possibles, notamment avec d’autres plantes à fleurs blanches et feuilles découpées.

La confusion la plus souvent citée concerne certaines Apiacées (la famille du persil, de la carotte sauvage ou de la ciguë). Vue de loin, l’achillée peut ressembler à ces plantes à ombelles blanches, mais l’observation rapprochée lève le doute : l’achillée est une Astéracée, ses « fleurs » sont en réalité des corymbes de capitules, et ses feuilles découpées sont alternées le long de la tige, pas en feuilles composées pennées. L’odeur camphrée caractéristique est aussi un critère fiable : les Apiacées sentent différemment !

On peut aussi la confondre avec d’autres Achillées proches (Achillea ptarmica, l’achillée sternutatoire, par exemple), mais ces confusions sont sans danger car toutes les espèces du genre sont non toxiques.

En cas de doute, la règle reste toujours la même : ne récoltez que ce que vous êtes certaine d’identifier. Une bonne flore illustrée et un peu d’entraînement sur le terrain font des merveilles !

Une histoire vieille de 60 000 ans

L’achillée millefeuille n’est pas seulement une plante commune. C’est l’une des plantes médicinales les plus anciennes connues de l’humanité. Lors de fouilles archéologiques dans la grotte de Shanidar, en Irak, l’archéologue Ralph Solecki a mis au jour une tombe néandertalienne datant de 50 000 à 60 000 ans. Parmi les pollens retrouvés dans les sédiments, ceux de l’achillée millefeuille figuraient en bonne place, aux côtés de sept autres plantes aux propriétés médicinales. Une analyse d’ADN a depuis confirmé la présence de cette plante dans la plaque dentaire de Néandertaliens de la grotte El Sidrón, en Espagne.

Les traces écrites arrivent beaucoup plus tard. Au premier siècle de notre ère, le médecin grec Dioscoride la décrit comme « incomparable pour traiter les plaies saignantes et les ulcères ». Pline l’Ancien, contemporain, popularise la légende qui lui vaudra son nom de genre : Achille aurait utilisé cette plante pour soigner les blessures de ses soldats pendant la guerre de Troie, sur les conseils du centaure Chiron. De là vient Achillea.

Cette plante a traversé les siècles sous une multitude de noms vernaculaires qui disent tous quelque chose de ses usages : herbe aux coupures, herbe au charpentier, herbe aux militaires, saigne-nez (une feuille roulée dans la narine pour stopper un saignement), sourcil de Vénus, herbe de la Saint-Jean... Ce dernier nom rappelle qu’elle faisait partie des 32 « herbes de la Saint-Jean » récoltées au solstice d’été dans les traditions celtiques et populaires françaises, entourées de rites et de croyances protectrices.

Gros plan sur un corymbe de capitules blancs d'achillée millefeuille en pleine floraison, fond vert prairie

L’inflorescence de l’achillée millefeuille : un corymbe dense de petits capitules blancs à centre jaunâtre.

Quand et comment récolter l’achillée millefeuille ?

La période de récolte s’étend de juin à septembre, quand la plante est en pleine floraison. C’est à ce moment que les sommités fleuries (haut des tiges, c’est à dire fleurs et premières feuilles ensemble) concentrent le maximum de principes actifs.

Quelques gestes simples pour bien cueillir : choisissez une journée sèche, de préférence en milieu de matinée après l’évaporation de la rosée. Prélevez les sommités fleuries avec les dernières feuilles de tige, en coupant proprement à quelques centimètres sous les fleurs. Évitez les bords de routes fréquentés, les zones traitées aux pesticides ou les terrains pollués. Et comme toujours avec la cueillette sauvage, la règle est de ne prélever qu’une petite partie de chaque plant, sans jamais dégarnir complètement une zone. En cas de doute, consultez les règles de cueillette en sécurité !

Statut de protection : l’achillée millefeuille n’est pas une espèce protégée en France. Elle est commune et abondante. La cueillette est autorisée, dans le respect des règles habituelles de la cueillette responsable.

Pour le séchage, étalez les sommités fleuries à plat sur une claie ou suspendez-les en petits bouquets, dans un endroit sec, sombre et bien ventilé. Le séchage prend environ une semaine à deux semaines selon l’humidité ambiante. Une fois sèche, la plante se conserve six mois à un an dans un bocal en verre hermétique ou un sachet en papier, à l’abri de la lumière. Une achillée bien séchée conserve une odeur aromatique prononcée. Si elle n’a plus d’odeur, elle a perdu l’essentiel de ses principes actifs.

Les bienfaits et propriétés de l’achillée millefeuille

Composition : ce que contient la plante

L’achillée millefeuille est une plante à la composition phytochimique particulièrement riche, ce qui explique la diversité de ses usages. Ses principaux constituants sont :

Les flavonoïdes : apigénine, lutéoline, rutine, quercétine. Ce sont des molécules aux propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et antispasmodiques. L’apigénine est l’un des composés les mieux étudiés de la plante.

Les lactones sesquiterpéniques : achilline, achillifoline, milléfine. Ces substances amères sont impliquées dans les propriétés digestives et anti-inflammatoires.

Les alcaloïdes : notamment l’achilléine, à laquelle on attribue traditionnellement des propriétés hémostatiques.

L’huile essentielle (0,2 à 1 % selon la provenance) : riche en azulènes (dont le chamazulène, au fort pouvoir anti-inflammatoire), en camphre, en bornéol et en terpènes divers. La teneur en chamazulène varie beaucoup selon les conditions de pousse.

Les tanins : à propriétés astringentes et cicatrisantes.

L’achillée millefeuille figure dans la monographie de l’EMA/HMPC (Comité des médicaments à base de plantes de l’Agence européenne des médicaments), ce qui lui confère un cadre réglementaire européen clair pour ses usages traditionnels.

Macro des feuilles finement découpées d'achillée millefeuille, montrant la structure bipennatiséquée caractéristique

Ce découpage en « mille segments » est à l’origine du nom latin millefolium.

Propriétés hémostatiques et cicatrisantes : l’héritage des guerriers

C’est l’usage le plus ancien, et celui pour lequel la tradition est la plus solide. Appliquer des feuilles d’achillée froissées sur une petite coupure, une égratignure ou une piqûre d’insecte : ce geste est documenté depuis l’Antiquité, pratiqué par les soldats romains et médiévaux, et toujours transmis dans les milieux de la cueillette et de l’herboristerie. Le plantain lancéolé ayant des bienfaits et usages similaires, ils sont souvent utilisés ensemble !

L’EMA reconnaît formellement l’usage externe de l’achillée millefeuille pour les « affections inflammatoires cutanées et muqueuses mineures », en compresse ou en cataplasme. C’est un usage traditionnel bien établi, soutenu par les propriétés astringentes des tanins, les effets anti-inflammatoires des flavonoïdes et de l’azulène, et l’action hémostatique attribuée à l’achilléine.

Une nuance honnête s’impose : les données scientifiques disponibles portent principalement sur des études in vitro (en laboratoire, sur des cellules) et des modèles animaux. Les études cliniques humaines sur la cicatrisation restent peu nombreuses à ce jour. L’usage externe de l’achillée repose donc sur un très solide socle empirique et traditionnel, reconnu par les autorités réglementaires européennes, mais les mécanismes précis chez l’humain sont encore partiellement étudiés.

Achillée millefeuille et cycle féminin

C’est peut-être le domaine où l’achillée suscite le plus d’intérêt aujourd’hui. Plante emménagogue (qui stimule le flux sanguin utérin) et antispasmodique, elle accompagne les inconforts en lien avec les menstruations depuis des siècles pour soulager les règles douloureuses, réguler un cycle irrégulier, ou atténuer les règles trop abondantes, etc ! (Les sources sont en fin d’article).

L’action antispasmodique s’explique en partie par la présence d’apigénine, un flavonoïde qui agit sur les muscles lisses, notamment ceux de l’utérus, en inhibant les contractions excessives. L’EMA et l’ESCOP (Coopérative scientifique européenne de phytothérapie) reconnaissent toutes deux l’usage de l’achillée millefeuille pour « les spasmes mineurs associés aux menstruations ».

Du côté des études cliniques humaines, une étude randomisée en double aveugle publiée en 2015 (Jenabi et Fereidoony, Journal of Pediatric and Adolescent Gynecology) a montré une réduction statistiquement significative des douleurs menstruelles chez 96 étudiantes ayant consommé une tisane d’achillée trois fois par jour pendant trois jours, sur deux cycles. Le bénéfice est réel mais modeste, et la taille de la cohorte reste limitée. D’autres études de qualité comparable ont confirmé des résultats similaires. L’ensemble reste encourageant, même si les données humaines de grande échelle manquent encore.

À noter : l’achillée n’est pas un remède miracle contre l’endométriose ou des règles très perturbées. Elle accompagne, elle ne soigne pas seule. Pour tout problème de cycle persistant, un avis médical reste indispensable !

Digestion et circulation

Les substances amères de l’achillée (notamment les lactones sesquiterpéniques) stimulent la sécrétion de bile et de sucs gastriques, ce qui en fait un allié intéressant pour la digestion difficile, les ballonnements et les spasmes intestinaux. L’ESCOP reconnaît cet usage pour « la perte d’appétit et les troubles dyspeptiques légers ».

La rutine, un flavonoïde présent en bonne quantité, est connue pour ses propriétés veinotoniques : elle renforce la paroi des vaisseaux sanguins et peut contribuer à soulager la sensation de jambes lourdes. Cet usage est traditionnel et bien établi dans la pratique herboriste, même si les études cliniques humaines sur ce point spécifique restent limitées.

Petit cuivré (Lycaena phlaeas) butinant les fleurs blanches d'achillée millefeuille dans une prairie

L’achillée millefeuille est une plante mellifère très appréciée des pollinisateurs, notamment les papillons et les abeilles.

Comment utiliser l’achillée millefeuille au quotidien

En cuisine : une plante aromatique et surprenante

L’achillée millefeuille est une plante comestible, et franchement sous-exploitée en cuisine. Lors de mes balades botaniques, c’est souvent la première plante que je fais goûter aux participants, parce qu’elle est facile à reconnaître et que la réaction face à son arôme est toujours intéressante : une surprise, parfois un froncement de sourcils, souvent une curiosité nouvelle ! J’aime bien l’utiliser pour agrémenter mes salades de lampsane et oseille sauvage !

Les feuilles jeunes et les fleurs fraîches peuvent être consommées crues. L’arôme est puissant, légèrement camphré, un peu amer, avec une note herbacée qui rappelle la camomille et le romarin réunis. C’est justement ce caractère fort qui impose de l’utiliser avec parcimonie : quelques feuilles hachées très finement dans une salade verte, avec des herbes plus douces pour équilibrer. On peut aussi utiliser les fleurs en décoration comestible. Les jeunes feuilles peuvent se mélanger à d’autres herbes sauvages pour préparer une gremolata ou un beurre aromatisé. Avant la découverte du houblon, l’achillée était même utilisée pour aromatiser la bière en Scandinavie et en Allemagne.

Si vous n’avez jamais goûté, je vous encourage vraiment à essayer, avec une toute petite quantité pour commencer !

Sommités fleuries d'achillée millefeuille fraîches dans un mortier en bois, usage herboristerie

Les sommités fleuries sont la partie utilisée en phytothérapie : à récolter de juin à septembre, par temps sec.

La tisane d’achillée millefeuille : recette pas-à-pas

La tisane est la préparation la plus simple et la plus polyvalente. Elle convient aussi bien pour un usage digestif que pour accompagner les règles douloureuses.

Ingrédients : 2,5 g de sommités fleuries séchées d’achillée millefeuille (environ une cuillère à café rase) pour 250 ml d’eau.

Préparation :

Faites chauffer l’eau jusqu’à frémissement (environ 90°C, pas à gros bouillons). Versez sur les plantes séchées dans votre tasse ou théière. Couvrez impérativement : l’huile essentielle est volatile, elle s’évapore si la tisane n’est pas couverte. Laissez infuser 10 à 15 minutes, filtrez et buvez.

Dosage et fréquence :

  • Pour un usage digestif : une à deux tasses par jour, après les repas.
  • Pour les règles douloureuses : deux à trois tasses par jour, à commencer 5 jours avant la date prévue des règles et jusqu’au 2ème jour de règles. C’est le protocole utilisé dans l’étude de Jenabi et Fereidoony (2015).

Une cure ne doit pas excéder 3 semaines consécutives. L’achillée a un goût amer et aromatique assez prononcé. Si vous trouvez la saveur trop forte, vous pouvez l’associer à de la camomille ou à quelques feuilles de mélisse ou d’ortie pour l’adoucir.

En usage externe : compresses et macérat huileux

Pour les usages externes, l’achillée est précieuse sur les petites plaies, les piqûres d’insectes, les irritations cutanées et les zones inflammées.

La compresse : préparez une infusion concentrée (5 g de plante séchée pour 200 ml d’eau, infusion couverte 15 minutes). Laissez refroidir à température tiède. Imbibez une compresse propre et appliquez sur la zone concernée, plusieurs fois par jour. Ne pas appliquer sur une plaie profonde ou infectée.

Astuce terrain : en balade, si vous vous faites piquer ou érafler, froissez quelques feuilles d’achillée fraîche entre vos doigts pour en extraire le suc, et appliquez directement sur la zone. C’est le geste le plus ancien qui soit. Et ça fonctionne aussi super bien avec le plantain lancéolé et le plantain majeur !

Le macérat huileux maison : c’est la base d’un futur baume (une recette à venir sur le blog !). Pour le préparer, il vous faut des sommités fleuries fraîches (ou légèrement séchées à l’air quelques heures pour réduire l’humidité) et une huile végétale neutre, comme l’huile d’olive ou l’huile de tournesol.

Remplissez un bocal en verre propre aux deux tiers avec les fleurs et feuilles d’achillée. Couvrez généreusement d’huile végétale, de façon à ce que toute la plante soit bien immergée. Fermez le bocal et placez-le au soleil (ou dans un endroit chaud) pendant 4 à 6 semaines, en remuant de temps en temps. Filtrez ensuite à travers une étamine ou un filtre à café, pressez bien la plante pour extraire un maximum d’huile, et conservez dans un bocal propre et étiqueté à l’abri de la lumière. Le macérat se conserve environ un an.

Ce macérat s’utilise en massage sur les zones douloureuses (bas-ventre en cas de crampes menstruelles, muscles tendus), en compresse ou directement sur les petites plaies et irritations cutanées.

Gros plan sur les fleurs blanches et la feuille découpée d'achillée millefeuille sur fond de prairie verte

On distingue bien ici à la fois le corymbe de capitules blancs et la feuille finement divisée : les deux critères d’identification principaux de la plante.

Soin de la peau et usage cosmétique

Les propriétés anti-inflammatoires, astringentes et cicatrisantes de l’achillée en font un ingrédient de choix pour les soins cutanés. Le macérât huileux préparé ci-dessus est une excellente base pour les peaux sensibles, réactives ou irritées : appliqué en fine couche après la douche, il apaise les tiraillements, adoucit et participe à la réparation de la barrière cutanée.

L’huile essentielle d’achillée, riche en chamazulène (la molécule bleue responsible de la teinte bleu foncé caractéristique des HE de cette famille), est particulièrement reconnue pour son action anti-inflammatoire et apaisante sur la peau. Elle s’utilise uniquement diluée (1 % maximum dans une huile végétale, soit environ 1 goutte pour 5 ml d’huile), jamais pure, et avec prudence chez les personnes à peau sensible.

Le macérat huileux d’achillée peut également servir de base pour un baume réparateur maison, une idée que j’ai envie d’explorer avec vous dans un prochain article !

Dangers et précautions de l’achillée millefeuille

L’achillée millefeuille est une plante sûre aux doses usuelles pour la majorité des adultes. Mais comme toute plante médicinale, elle mérite qu’on lui accorde une attention sérieuse avant de l’utiliser.

La contre-indication la plus importante est la grossesse. L’achillée est emménagogue, c’est-à-dire qu’elle stimule le flux sanguin utérin. Elle est formellement contre-indiquée pendant toute la durée de la grossesse, par voie interne comme en usage externe prolongé.

Les personnes allergiques aux Astéracées (camomille, arnica, souci, pissenlit…) doivent s’abstenir d’utiliser l’achillée ou consulter un allergologue avant toute expérimentation. La famille des Astéracées est une famille à fort potentiel allergisant pour certaines personnes.

L’achillée est également déconseillée en cas de traitement anticoagulant (warfarine, héparine ou leurs équivalents). Elle peut interagir avec ces médicaments et potentialiser leur effet, augmentant le risque de saignements ou d’hématomes.

L’huile essentielle d’achillée ne doit jamais être utilisée pure sur la peau, ni ingérée sans avis d’un aromathérapeute qualifié. Elle peut provoquer une photosensibilisation (sensibilité accrue aux UV) en application cutanée. Évitez toute exposition au soleil dans les heures suivant son application.

En usage interne, l’achillée est généralement bien tolérée aux doses recommandées par votre médecin, mais une cure ne devrait pas dépasser 3 semaines consécutives. Si vous êtes sous traitement médicamenteux ou si vous souffrez d’une affection chronique, parlez-en à votre médecin avant de commencer.

Enfin, si vous récoltez l’achillée vous-même, assurez-vous d’être certaine de votre identification. Certaines Apiacées toxiques (comme la petite ciguë, Aethusa cynapium) peuvent être confondues avec elle par des personnes peu entraînées. La forme des inflorescences, des feuilles et l’odeur camphrée de l’achillée, absente chez les Apiacées, sont des critères de différenciation importants.

FAQ sur l’achillée millefeuille

Quand cueillir l’achillée millefeuille ?

La meilleure période de récolte s’étend de juin à septembre, quand la plante est en pleine floraison. Choisissez une journée sèche, en milieu de matinée, et prélevez les sommités fleuries (fleurs et dernières feuilles de tige) proprement coupées.

Comment préparer une tisane d’achillée millefeuille ?

Versez 250 ml d’eau frémissante (non bouillante) sur 2,5 g de sommités fleuries séchées. Couvrez et laissez infuser 10 à 15 minutes. Filtrez et buvez. Pour les règles douloureuses, commencez 5 jours avant la date prévue, à raison de 2 à 3 tasses par jour jusqu’au 2ème jour des règles.

L’achillée millefeuille est-elle sans danger ?

Elle est bien tolérée aux doses recommandées pour la majorité des adultes. Elle est contre-indiquée pendant la grossesse, chez les personnes allergiques aux Astéracées, et déconseillée en cas de traitement anticoagulant. En cas de doute, consultez votre médecin ou un herboriste.

L’achillée millefeuille est-elle protégée en France ?

Non. L’achillée millefeuille est une espèce commune et non protégée en France. Sa cueillette est autorisée, dans le respect des règles habituelles : ne prélever qu’une petite partie de chaque plant, éviter les zones polluées ou traitées, et ne jamais dégarnir complètement une zone.

Peut-on associer l’achillée millefeuille à d’autres plantes ?

Oui. Pour les règles douloureuses, elle s’associe bien à la camomille matricaire (antispasmodique) et aux feuilles de framboisier (relaxant utérin). Pour la digestion, elle peut être associée à la mélisse ou à la menthe poivrée. Évitez les associations avec d’autres plantes emménagogues ou avec des médicaments anticoagulants sans avis professionnel.

Sources et références scientifiques

  • Farasati Far B., Behzad G., Khalili H. (2023). Achillea millefolium: Mechanism of action, pharmacokinetic, clinical drug-drug interactions and tolerability. Heliyon, 9(12), e22841. DOI: 10.1016/j.heliyon.2023.e22841. Accès via ResearchGate : researchgate.net
  • Jenabi E., Fereidoony B. (2015). Effect of Achillea millefolium on Relief of Primary Dysmenorrhea: A Double-Blind Randomized Clinical Trial. Journal of Pediatric and Adolescent Gynecology, 28(5), 402-404. Accès via ResearchGate : researchgate.net
  • EMA/HMPC. (2011). Community herbal monograph on Achillea millefolium L., herba. EMA/HMPC/290284/2009. Agence européenne des médicaments. Accès : ema.europa.eu
  • Wikiphyto. Achillée mille-feuille : données phytochimiques et références bibliographiques. wikiphyto.org
  • Wikipédia (fr). Achillée millefeuille. Données botaniques, historiques et ethnobotaniques. wikipedia.org

L’achillée millefeuille est une plante qui mérite vraiment qu’on s’y attarde. Facile à trouver, facile à reconnaître, gratuite dans la nature et utile dans tant de situations du quotidien, elle incarne parfaitement ce que j’aime dans les plantes sauvages : la générosité discrète de ce qui nous entoure, quand on prend le temps de regarder.

Si cet article vous donne envie de la chercher lors de votre prochain pique-nique ou de votre prochaine balade, c’est gagné. Et si vous avez déjà une expérience avec elle, en tisane, en cataplasme ou dans votre cuisine, je serais ravie de lire votre retour en commentaire !

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